SlutWalk : quand la honte change de camp
Le SlutWalk apparaît en avril 2011 à Toronto, à la suite d’une déclaration d’un policier lors d’une conférence sur la sécurité.
- L’agent Michael Sanguinetti affirme que pour éviter les agressions sexuelles, « les femmes devraient éviter de s’habiller comme des sluts ».(salopes)
- Cette phrase provoque une indignation immédiate.
- Deux militantes canadiennes, Sonya Barnett et Heather Jarvis, organisent alors une marche de protestation.
En quelques mots, tout est dit : la responsabilité glisse de l’agresseur vers la victime.
C'est donc pour combattre la culture du viol et les préjugés "vestimentaires" érigés en circonstances incitant au viol que la 1 ère "slutwalk" (ou « marche des salopes » en français) que le mouvement est né.
Le terme est volontairement provocateur. Il dérange. Et c’est précisément le but.
Refuser de porter la faute
Le SlutWalk s’inscrit dans une réalité documentée depuis des décennies : la tendance à interroger les victimes plutôt que les auteurs.
Comment étais-tu habillée ?
Pourquoi étais-tu seule ?
Pourquoi n’as-tu pas résisté ?
Ces questions ne sont pas neutres. Elles participent à ce que les sciences sociales désignent comme la culture du viol : un ensemble de normes et de discours qui minimisent les violences sexuelles et déplacent la responsabilité vers celles qui les subissent.
Le SlutWalk pose une ligne claire :
aucune tenue, aucun comportement, aucune situation ne justifie une agression.
Bref pour encore trop d'hommes l'habit ferait le moine et l'habit serait un appel. Alors évidemment on se dit WTF? Il y aurait un code vestimentaire que l'on ignorerait? Un truc secret? Il n'y aurait donc pas de violeurs, mais que des femmes habillées avec une pancarte subliminale "viol permis" accrochée dans le dos? Punaise c'est donc ça?! Il y a des vêtements qui disent "journée portes ouvertes, viole moi". J'étais pas au courant.
Je récapitule. On fait des voyages dans l'espace, on sait se servir d'une fourchette, on a compris qu'il fallait pas péter en public, on sait faire la différence entre le bien et le mal (oui on sait. Sauf cas exceptionnel de quelqu'un qui aurait été élevé par des loups, on sait faire la différence), on pouvait légitimement penser que certaines notions étaient acquises.
Eh ben non. Par exemple, le concept de l'homme des cavernes qui se sert quand ça le démange, ça on n'a toujours pas avancé apparemment. Il est évident qu'il y a des types qui pensent que parce qu'ils ont faim ils peuvent piquer dans ton assiette. Parce qu'ils ont froid ils peuvent te piquer ton manteau. Et parce qu'ils ont la bite qui les démange ils peuvent te violer. Alors non. Ce qui est à moi n'est pas à toi.
C'est pas possible hein au 21ème siècle que les femmes ne soient toujours pas respectées, en sécurité. Impensable qu'on puisse juger une femme sur sa tenue. Intolérable que ses vêtements soient considérés comme une circonstance atténuante invoquée dans les procès. On aurait fait tout ce chemin depuis l'age de pierres pour entendre ce genre d'arguments?
Merci d'évoluer, merci d'atterrir au 21ème siècles messieurs. Il est grand temps!
Le SlutWalk marque une étape clé dans l’histoire du féminisme.
Il ne crée pas de nouvelles revendications, mais rend visibles des mécanismes profondément ancrés dans la société.
Son héritage est clair :
déplacer la honte, refuser la culpabilisation, et affirmer que la responsabilité appartient toujours à l’agresseur.
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