Réseaux sociaux et harcèlement

réseaux sociaux et harcèlement en ligne

Réseaux sociaux et harcèlement

Les réseaux sociaux sont indispensables aujourd'hui lorsqu'on a une entreprise. La communication est essentielle et le meilleur vecteur, ce sont les réseaux sociaux. Si je pouvais m'en passer, ce serait avec un grand soulagement. Je suis donc souvent et longtemps sur les réseaux.

Et bien sûr, je suis comme tout le monde, je fais défiler. Il y a des comptes que j'aime bien suivre et, évidemment, Insta par exemple vous propose des contenus. Autant vous dire qu'avec l'actualité de ces derniers mois, ce n'est pas drôle.

C'est même violent. Je n'ai jamais assisté à autant de haine, de jugements, de critiques que sur les réseaux sociaux. Qui n'ont finalement rien de social.

Les réseaux sociaux ont-ils juste amplifié et rendu plus visible certains comportements de cyberharcèlement ?

C'est certain. C'est un peu la version moderne du téléphone arabe. (Alors on se calme, c'est une expression qui nous vient en effet du temps des colonies, c'est vrai. Les colons d'Afrique du nord étaient scotchés par la rapidité à laquelle les infos circulaient entre les habitants. Et on sait que la transmission en Afrique s'est toujours faite essentiellement oralement. D'où le téléphone arabe. Et c'était donc un compliment).

Alors reprenons, le harcèlement sur les réseaux a atteint un niveau terrifiant. Dans le même temps, ces générations prônent la tolérance, l'acceptation de soi et des autres, la bienveillance... et sont supposées être un tantinet sensibilisées. Eh bien il y a du boulot !

J'ai vu récemment le déferlement de haines (oui j'ai bien écrit haines au pluriel) qu'il y a eu après l'élection Miss France. Autant dire tout de suite que non, je n'avais pas vu l'émission de l'élection. Mais j'ai lu certains posts, vu certaines vidéos (notamment de personnes qui sont soi-disant hyper méga inclusives) et j'ai été scotchée. L'horreur. L'enfer en mots, moqueries, insultes. Tout ça venant de comptes de personnes très jeunes. Personnes censées avoir été briefées sur le harcèlement.

Sauf que voilà, leurs nouveaux héros ont un QI d'huitre (pardon les huitres), la réflexion d'un vieux slip et se comportent comme des chefs de gang. Ces chefs de meute encouragent leurs "bébés", leurs "chéris", leurs "frères", leurs "soeurs", "leur sang" etc. à bombarder les personnes qui auraient le malheur de les remettre en cause de messages, de commentaires pourris.

La dynamique de groupe entraîne ces comportements de cyberharcèlement en ligne, où les jeunes se sentent poussés à agir de manière négative pour être acceptés par leur gourou. C'est un comportement de gang en fait.

Au sein du groupe, à l'abri derrière l'anonymat des réseaux sociaux, ils peuvent parfois agir de manière plus extrême ou adopter des attitudes plus radicales que celles qu'ils auraient adoptées individuellement, en raison de cette dynamique du groupe.

C'est aussi cet anonymat relatif qui leur permet de déverser leur haine en toute impunité, sans aucune conscience des conséquences.

Par ailleurs, les algorithmes des réseaux sociaux tendent à montrer du contenu similaire à celui que vous avez déjà aimé ou partagé, créant ainsi des bulles de filtrage où les gens interagissent principalement avec des opinions similaires, renforçant leurs propres points de vue et parfois amplifiant les critiques envers ceux qui pensent différemment. Cela contribue à renforcer certaines croyances, ce qui conduit à une polarisation des opinions.

On ne supporte plus la contradiction, la nuance, le questionnement. Quand on ne va pas dans leur sens, on est forcément contre. Ce manque de réflexion me terrifie. Parce qu'il entraîne avec lui tellement de violences.

Je crois que l'on n'a jamais été autant divisé, catalogué, mis dans des cases.

Et puis arrivent les insultes, le florilège des réponses toutes faites qu'ils et elles reprennent les uns derrière les autres. Il y a des modes, des phrases qu'on pique généralement à l'anglais et qu'on assène à l'envi dès que quelqu'un émet un argument différent.

"Si tu ne vois pas le problème tu fais partie du problème".

"rageux" "rageuse".

Et celui du moment : "tu as dit les termes" (putain elle me fait rire celle-là).

Le plus souvent ils et elles réagissent à quelque chose dont ils n'ont ni les tenants ni les aboutissants, souvent en propageant des fake. Et ça s'engrange. Ça fait des petits. La rapidité des posts et la rapidité des partages rend très vite une info fausse virale. On sait parce que "quelqu'un qui connait quelqu'un qui sait l'a dit", ce quelqu'un apparemment est un "savant" et détient la vérité. On ne se pose aucune question, il n'y a aucun recul, aucune réflexion. On balance, on amplifie, on affirme et on déforme.

La vérité, en fait, n'a aucune importance.

On se jette sur un mot, une image, une phrase, qui va servir de support pour déverser sa haine, ses frustrations, sa jalousie. Chacun va y aller de son commentaire en essayant d'être liké. Vu. Validé.

On encense aujourd'hui les gens qui clashent. C'est tout le succès des télé-réalités. Les clashes. C'est ce qui fait vendre. On y va pour les voir s'insulter, pour la bagarre, pour les voir s'humilier. Plusieurs clans bien sûr. La base. Et c'est à celui ou celle qui sera le plus clasheur. Les nanas qui "percent" comme ils disent, ce sont les "bully girls" des séries américaines. Les Nellie Olson, les reines du bal, les pompom girls. Les pestes qui décident qui est ok et qui ne l'est pas.

Leur meute n'est rien d'autre que ceux et celles qui crient en choeur avec les hyènes au collège, au lycée. Ceux et celles qui suivent aveuglément leur idole.

Et on sait tous que même en rétablissant la vérité, même en exposant les faits, il reste toujours quelque chose d'une fake news. Il y a toujours ceux qui ne peuvent s'empêcher de voir des complots partout. Et même devant les faits, vont s'accrocher à leur version. Parce que lâcher sa haine, ce n'est pas facile.

Il y a aussi la violence parfois que peut entraîner la "cancel culture". J'ai tout de même le sentiment que ça peut encourager le jugement et la critique excessifs, où les gens sont rapidement jugés et "annulés" pour des opinions ou des actions controversées, ou tout simplement qui ne répondent pas à ce que tu veux entendre. Il y a quelque chose du domaine de l'intolérance dans un mouvement qui se veut tolérant, inclusif et intersectionnel. À vouloir tout déconstruire et déboulonner, on a tendance à avoir des jugements à l'emporte-pièce, sans nuance, limitants et excluants.

L'absence de communication face-à-face sur les réseaux sociaux réduit également la capacité à ressentir de l'empathie envers les autres et à comprendre les conséquences de ses paroles ou actions. J'ai regardé la série "Le remplaçant" de et avec Joey Starr, il traite d'une manière très juste ce problème.

Ce qui arrive avec la répétition et la normalisation de ces comportements sur les réseaux sociaux, c'est que cela entraîne une acceptation tacite ou une perception erronée que ces comportements sont acceptables. On lutte comme des malades contre le harcèlement mais on ne voit même plus ce qu'il est. On ne se sent pas harceleur. On ne se considère pas comme harceleur. Pour un post, un commentaire, ils et elles ne voient même plus la gravité du comportement.

Les impacts négatifs sur la santé mentale et l'estime de soi sont évidents.

La pression sociale est exacerbée par la mise en avant de vies idéales, hors normes.

Aujourd'hui, on veut "percer" (désolée mais c'est l'expression qui me fait le plus rire en ce moment, parce que j'ai la réf d'Elie Kakou et Mongola) sur Insta, TikTok, Twitch. On veut devenir "star" de télé-réalité, c'est le sésame pour la belle vie. Et l'exemple de ces cas sociaux est pitoyable. Ce n'est que mensonges, manipulations, escroqueries, et c'est validé. C'est ok. Faire le buzz, c'est le graal !

Si pour réussir il faut être la bully girl ou le roi des arnaqueurs, si pour réussir il faut être grossier, vulgaire et insulter les autres, pourquoi s'emmerder la vie ? Soyons bêtes et méchants, ça rapporte.

Oubliez la bienveillance, l'acceptation de soi, le body positive etc. Génération clasheurs, silicone et extensions bienvenue. Il est où le body positive quand on transforme son corps et son visage à coups d'implants et d'injections pour ressembler à une personne connue ? On a toute une génération qui ne se conçoit pas sans gros seins, grosses fesses, extensions et bouche démesurée. Alors qu'ils et elles aient besoin de faire ça pour s'aimer, je l'entends, mais que toute une population veuille se ressembler, ça paraît fou. Alors que l'on réclame la diversité, le droit d'être soi, la nécessité de la différence. Oui ça paraît fou.

En réalité cet univers est un vrai panier de crabes, un merdier assez impressionnant. Et il est l'exemple absolu de la réussite.

Je crois que les exemples que donnent à voir les "stars" de la télé-réalité peuvent en partie être à l'origine de pas mal de frustrations et expliquer pourquoi certains ados volent des voitures de luxe, se font dealeurs, recherchent l'argent facile et se servent du prétexte d'une manif pour piller les boutiques de luxe.

Faut pas se mentir, il n'y aura pas mille Ronaldo, mille Nabilla, mille acteurs césarisés. Ils le savent et quel autre moyen d'obtenir une part du rêve vendu sur les réseaux sociaux que d'aller le prendre ?

Ces "stars" de la télé-réalité qui réussissent parce qu'elles étaient les plus gueulardes, les plus "mauvaises", ont fait croire à toute une génération que la vie, c'était ça. Des embrouilles, la bagarre. Et sur les réseaux sociaux ils et elles se délectent de tous ces clashs. Ils se précipitent pour être au premier rang, compter les points, donner leur avis et prendre parti. Ils veulent participer au "drama". C'est le défouloir. On aime détester, dénigrer, insulter. Un sport pas comme les autres. De la boxe, le ring c'est Insta, TikTok, les coups pleuvent dans les commentaires.

Il n'y a aucune volonté que cela cesse. Bien au contraire, c'est ce qui fait vendre.

Je ne prétends pas avoir fait le tour de la question. J'attends vos suggestions, vos réactions.

Je tente de comprendre ce monde dans lequel on évolue et oui parfois je suis un peu perdue.


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